« Si tu as besoin, appelle-moi. »

C’est une phrase pleine de bonnes intentions. Je crois qu’on l’a toutes déjà dite. Mais quand on est épuisée, qu’on ne sait plus par où commencer et qu’on a peur de déranger, demander peut devenir une tâche de plus.

Alors on répond « ça va ». On sourit, on reprend son bébé dans les bras, et on continue.

Pendant une grande partie de ma maternité, je n’avais pas de village. Nous avons vécu onze ans aux États-Unis. Mes trois premiers enfants y sont nés, loin de ma famille, avec un mari qui travaillait beaucoup pour nous.

J’aimais mes enfants profondément. Je m’investissais dans leur quotidien, leur développement, leurs besoins. Mais j’aurais aimé que quelqu’un voie aussi les miens.

J’aurais aimé qu’on me dépose un repas devant la porte. Sans visite à organiser, sans maison à ranger, sans rien à rendre en échange.

Qu’on me fasse un café. Qu’on s’assoie à côté de moi et qu’on me demande comment j’allais, en prenant le temps d’écouter autre chose que « ça va ».

Qu’on me soulage une heure pour que je puisse dormir. Une vraie heure pendant laquelle je n’aurais pas à tendre l’oreille, expliquer chaque geste ou penser à ce qu’il faudrait faire ensuite.

J’aurais aimé entendre : « Je m’en occupe. Va te reposer. »

Parfois, on ne sait même plus ce qu’il nous faudrait. On voudrait juste que quelqu’un remarque que c’est lourd, aujourd’hui.

Alors, si tu veux soutenir une maman, tu peux lui faire une proposition simple et précise :

  • « Je cuisine ce soir. Je te prépare un repas pour demain ? Je peux te le déposer sans rester. »
  • « Je vais au parc samedi. Est-ce que tu veux que j’emmène ton grand avec moi ? »
  • « Je suis disponible une heure jeudi. Tu préférerais que je m’occupe des enfants, que je t’aide dans la maison ou qu’on boive un café ensemble ? »

Elle dira peut-être oui. Peut-être non. Elle voudra peut-être garder son bébé contre elle et te laisser préparer le déjeuner. L’idée est de lui offrir quelque chose qui la soulage, en lui laissant la liberté de choisir.

Et si elle accepte, aller autant que possible au bout du geste : préparer les affaires pour la sortie, ranger après le goûter, laisser la cuisine propre après le repas. Ces petits détails permettent parfois de se reposer vraiment.

Et si c’est toi, cette maman à qui l’on propose une marche ou un café, tu n’as pas besoin de trouver les mots parfaits.

Tu peux dire : « J’aimerais te voir. En ce moment, c’est difficile. » Ou simplement : « Oui, un repas, ça m’aiderait beaucoup. »

Tu n’as pas besoin de comparer ta fatigue à celle d’une autre pour avoir le droit d’en parler. Ni d’attendre de ne plus tenir pour accepter une main tendue.

On peut aimer profondément sa vie de maman et avoir besoin que quelqu’un prenne soin de nous, aussi.

Avec quatre enfants, je sais la place que peuvent prendre les besoins de chacun. Et je pense encore à ce que ces gestes auraient représenté pour moi, loin de ma famille.

Un repas devant la porte. Un café préparé. Une heure de sommeil. Une amie qui écoute sans chercher tout de suite une solution.

Parfois, le village commence par quelqu’un qui demande : « Et toi, de quoi tu aurais besoin aujourd’hui ? » Puis qui reste pour entendre la réponse.
Avec tendresse,Alice