Avec quatre enfants, il y a des moments où tout arrive en même temps. L’un veut me raconter sa journée, un autre a besoin d’aide, le bébé m’appelle… et moi, je n’ai toujours que deux bras.
Pendant longtemps, j’ai cru que je devais être disponible pour chacun, tout de suite et de la même façon. Quand je n’y arrivais pas, je me demandais si l’un d’eux se sentait moins important.
Ne pas pouvoir répondre à tout en même temps ne dit rien de l’amour que je leur porte.
Quand tout le monde m’appelle à la fois
J’essaie d’abord de regarder ce qui ne peut vraiment pas attendre : un enfant en danger, un bébé qui a besoin de moi, une grosse peine. Pour le reste, je peux choisir un ordre, même imparfait. Ce n’est pas un classement de mes enfants par importance ; c’est simplement la réalité d’un instant.
Puis je dis à voix haute ce qui va se passer. Pas un long discours. Juste quelques mots qui évitent à celui qui attend de se demander si je l’ai oublié.
- « Je t’ai entendu. Je termine avec ton frère et je viens te voir. »
- « Je veux écouter ton histoire. Garde-la pour moi le temps que je change bébé. »
- « Là, j’ai besoin de deux minutes de calme. Ensuite, on regarde ça ensemble. »
Je préfère dire « dès que je peux » plutôt que promettre « dans deux minutes » quand je ne sais pas si ce sera possible. Et si l’attente dure plus longtemps que prévu, je reviens le dire.
Revenir compte aussi
Il m’arrive d’oublier, de m’impatienter ou de ne pas avoir trouvé les bons mots. Dans ces moments-là, je peux revenir vers mon enfant : « Tout à l’heure, tu voulais me montrer quelque chose. Je suis là maintenant. » Ou : « Je t’ai répondu sèchement. Je suis désolée. On recommence ? »
Ce retour n’efface pas magiquement la frustration. Mais il ouvre une place pour se retrouver. Parfois, cinq minutes à écouter vraiment suffisent à changer la couleur de la fin de journée. Parfois non, et ce n’est pas un échec.
Et moi, dans tout ça ?
Il y a aussi des journées où mon propre réservoir est vide. Si je peux passer le relais, même pour souffler un quart d’heure, je le demande. Si je ne peux pas, je simplifie ce qui peut l’être : un repas facile, une activité remise à demain, quelques minutes tous ensemble plutôt qu’un moment parfait avec chacun.
Mes enfants n’ont pas besoin d’une maman capable de se démultiplier. Ils ont besoin de sentir qu’ils comptent, chacun à leur manière. Et moi aussi, j’ai le droit d’être une personne, avec mes limites.
Si, chez toi aussi, tout le monde a besoin de toi au même moment : tu n’es pas seule. On peut aimer immensément, et avancer une demande à la fois.

